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Ahidjo et la centralisation

 Ahmadou Ahidjo et la centralisation du pouvoir à l'annexion du Southern Cameroons

À l’observation de la vie politique camerounaise, il parait évident qu’Ahmadou Ahidjo était animé par une volonté réelle de centraliser le pouvoir au lendemain de la naissance de la République Fédérale. Cette tendance se vit dès le 20 octobre 1961, lorsque par décret n°61/DF/15, il divise le pays en six régions administratives.
Par cet acte, il plaçait désormais John Ngu Foncha, Premier Ministre
de la République Fédérée du Cameroun Occidental, alors Vice-président de la République Fédérale, sous l’autorité technique de l’Inspecteur Fédéral. La cohabitation pacifique entre ces deux
personnalités n’a pas tenu longtemps, en témoigne cette correspondance du gouvernement du Cameroun Occidental au Président de la République Fédérale :

"La Constitution fédérale est rédigée pour deux Etats fédérés et (…) vous conviendrez certainement qu’il est extrêmement important que l’esprit de la lettre de celle-ci soit respecté (…) et que la nomination d’un inspecteur d’administration qui détient plus de pouvoirs que le Vice-président de la République fédérale ou des membres du gouvernement librement élus revient à renier la démocratie".

Comment en effet comprendre la présence d’un Inspecteur Fédéral, si ce n’est la volonté de rester le seul maître du jeu ? Cette pratique participait de la volonté du Chef de l’État d’avoir le contrôle sur l’ensemble du territoire. La Constitution de la République Fédérale s’est faite par l’acceptation de l’existence de deux entités égales. Logiquement, aucune instance ne devait être placée au-dessus des États fédérés. Mais la réalité est tout autre pour Ahidjo qui va même s’investir à imposer un Premier Ministre à l’Etat du Cameroun Occidental en dépit d’un contexte qui lui était défavorable. Au niveau de l’Assemblée Nationale Fédérale, la centralisation du pouvoir est effective avec pour effet, des démarches visant la constitution d’un unique groupe parlementaire. Paradoxalement, cette initiative réjouit les parlementaires. Tel semble du moins l’interprétation qui découle de cette déclaration de Marigoh Mboua le 14 mai 1962.

"C’est en songeant à cette aspiration à l’unité, fondamentale pour notre Nation, et à la manière remarquable dont, en l’occasion, elle fut satisfaite, que j’adresse aux leaders de l’Union Camerounaise et du Kamerun National Democratic Party, l’expression de notre profonde gratitude pour avoir pris l’initiative des rencontres qui ont abouti à la construction d’un unique groupe parlementaire au sein de notre Assemblée Fédérale."

*L’Inspecteur général était placé à la tête d’une région. À la suite du décret du 20 octobre 1961, le tout premier Inspecteur général à prendre service à Buea est Monsieur Jean Claude Ngoh.

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