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Deuil national décrété par Ahmadou Ahidjo

 C'est le 1er juin et non le 11 février le deuil national décrété par Ahidjo

Ahmadou Ahidjo accueilli à sa descente d'avion à Buea par John Ngu Foncha. Ahidjo venait assister aux cérémonies marquant la fin de tutelle du Royaume-Uni sur le Southern Cameroon, le 1er octobre 1961

Le gouvernement d’Ahmadou Ahidjo décréta une journée de deuil national le 1er juin 1961, à l’occasion de l’intégration du Cameroun septentrional à la Fédération nigériane.
À la suite de nombreux débats au Conseil de tutelle de l’Organisation des Nations unies (ONU) au cours des années 1950, et conformément à la résolution 1352 (XIV) des Nations unies du 16 octobre 1959, les deux territoires sous tutelle britannique furent appelés à se prononcer sur leur avenir, au cours de référendums organisés les 11 et 12 février 1961.
Ils offraient le choix entre un rattachement à la République du Cameroun, indépendante depuis le 1er janvier 1960, et une intégration à la Fédération du Nigeria, indépendante depuis le 1er octobre 1960. Les résultats entérinèrent alors la coupure territoriale effectuée par les Britanniques : alors qu’au Cameroun méridional, 233 571 électeurs votèrent pour la réunification avec le Cameroun indépendant, au Cameroun septentrional, 243 955 des suffrages exprimés approuvèrent l’option nigériane.
Les tout premiers mois de l’indépendance camerounaise marquent ainsi une disjonction problématique entre trois événements, dates concurrentes et objets de commémorations. Le 1er janvier 1960 est le jour fondamental qui vit ainsi la République du Cameroun célébrer la fin du mandat français et le transfert des pouvoirs au Président Ahmadou Ahidjo et à son gouvernement. Mais le Cameroun, dans sa configuration géographique actuelle, ne surgit qu’au 1er octobre 1961, jour de la réunification des Camerounais francophones avec leurs « frères » du Cameroun méridional, où l’Union Jack fut amené et dont les Britanniques se retirèrent. Entre ces deux dates, le 1er juin 1961 marque également profondément l’imaginaire camerounais dans les toutes premières années de l’indépendance, car c’est alors que le Cameroun septentrional rejoignit la Fédération du Nigeria, brisant les espoirs d’un retour à un grand Kamerun idéalisé.
Suite à la résolution 1608 (XV) des Nations unies du 21 avril 1961, qui confirma les résultats des référendums, le gouvernement d’Ahmadou Ahidjo décréta une journée de deuil national le 1er juin, à l’occasion de l’intégration du Cameroun septentrional à la Fédération nigériane.
Les missions diplomatiques de Yaoundé furent ainsi informées des dispositions prises par les autorités préfectorales suite à la décision du Conseil des ministres :
Tous les drapeaux (nationaux ou étrangers) seront mis en berne durant toute la journée du 1er juin 1961.
Un arrêt de toutes les activités publiques et privées interviendra dans la matinée du 1er juin 1961 jusqu’à 12 heures. Ces heures chômées seront payées. Cette matinée sera donc une matinée de silence et de recueillement.
Des services religieux seront organisés dans tous les cultes de 9 à 10 heures.
La radiodiffusion du Cameroun organisera exclusivement des programmes d’informations ou d’émissions parlées, sans musique. Toutes les manifestations publiques, mouvements de masses, cortèges ou rassemblements, de même que les discours et déclarations ne seront pas autorisées.
L’annonce des résultats au Cameroun septentrional, où l’option camerounaise fut largement défaite, déclencha la colère de Yaoundé. Si l’affaire du Cameroun septentrional à la Cour Internationale de Justice a été documentée (Kombi, 1996), une attention relativement moindre a été portée aux manifestations antibritanniques, anti-nigérianes et anti-Commonwealth qui eurent lieu en territoire camerounais au lendemain des premiers résultats des référendums. Dans la capitale, Yaoundé, « une foule, y compris des députés », rapporte Victor Le Vine dans West Africa, « attaqua l’ambassade du Liberia, croyant qu’il s’agissait de l’ambassade du Nigeria » (Le Vine, II, 1961) tandis que l’ambassade et le drapeau britannique furent pris pour cible le 15 février. L’élite politique mobilisa les foules lors des manifestations du 19 février lorsque des députés camerounais prirent l’initiative des événements, organisant des discours place de la Cathédrale.
Source: Mélanie Torrent

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