Accéder au contenu principal

Cameroun : la stratégie du silence face à la crise des déplacés

Début mai, le Conseil norvégien pour les réfugiés, une organisation internationale qui recense les crises de déplacement les plus négligées par la communauté internationale et les plus méconnues, publiait son rapport annuel. Dans ce dernier, le Cameroun arrivait en haut du classement.

Avec
  • Brice Molosociologue et historien, docteur à l'EHESS et à l'Université de Yaoundé I au Cameroun
  • L'enjeu est de comprendre les mécanismes de cette crise aux multiples facettes, en décrypter l’ampleur, mais aussi l’invisibilisation — les raisons pour lesquelles elle est si peu couverte et si peu financée. Selon quels critères le gouvernement camerounais ouvre-t-il ou non le pays à l’aide humanitaire extérieure ? Quel récit construit-il dès lors auprès de la communauté internationale ?
  • "La Crise anglophone"
  • "La crise anglophone est une mauvaise négociation de l'héritage historique du Cameroun qui a d'abord été un protectorat allemand de 1884 à 1916." Les Allemands, étant repartis après la défaite de la Grande Guerre, le Cameroun, récupéré par la France et l'Angleterre, est divisé en deux parties distinctes : le Cameroun francophone, et le Cameroun anglophone, qui reste sous le giron britannique jusqu'en 1961, où il deviendra, lui aussi, indépendant, explique Brice Molo, sociologue et historien.
  • "C'est la mauvaise négociation de ces deux héritages qui est au cœur de ce conflit lorsqu'en 2016, des avocats et des enseignants anglophones demandent une meilleure prise en compte de leurs conditions, mais aussi de ce legs historique dans un Cameroun où la majorité est francophone." Les autorités camerounaises réagissent alors par la force, "ce qui va radicaliser certains groupes qui vont prendre les armes et installer une situation de 'ni paix ni guerre' dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest", entraînant des centaines de milliers de déplacements internes. Ce qui a mené à la "République virtuelle d'Ambazonie", une république déclarée en 1999 sans aucune reconnaissance internationale.


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le régime dictatorial Biya a "tué" Paul Ayah Abine !

Ayah Paul Abine, décédé cette nuit du 24 décembre 2024 dans un hôpital de Buea, était le seul député du Rdpc sur 151 qui avait refusé de voter en 2008 la modification de la constitution qui faisait sauter le verrou de la limitation des mandats. Cette modification avait ouvert la route à Paul Biya pour devenir le président à vie du Cameroun. 

Au Cameroun, nouvel enlèvement d’un magistrat dans le Nord-Ouest anglophone

Selon l’organisation de défense des droits humains Conscience africaine, de nombreux enlèvements et meurtres de civils dans la région de Bamenda s’expliquent par le refus des familles de payer les rançons demandées par les séparatistes anglophones. Un magistrat de Bamenda, dans la région anglophone du Nord-Ouest au   Cameroun , en proie à un conflit séparatiste, a été enlevé le 29 décembre à son domicile, a indiqué l’organisation   de   défense des droits humains Conscience africaine dans un communiqué transmis ce 31 décembre à l’AFP. « Le deuxième avocat général de la Cour d’appel de Bamenda, Nchang Augustin Amongwa a été   enlevé   à sa résidence dans la soirée du 29 décembre par des hommes armés non identifiés et on ne sait pas où il se trouve », selon Amadu Tarnteh, directeur de Conscience   africaine,   « De nombreux autres civils ont été kidnappés le même jour et emmenés vers une destination inconnue par des hommes armés, que l’on ...

Règlement de la crise anglophone au Cameroun : pourquoi l'État refuse l'aide étrangère

Ce qui a commencé fin 2016 comme une   manifestation pacifique   par des avocats et des enseignants dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun a rapidement tourné à la violence et s'est transformé en ce qui qui est désormais connu sous le nom de   crise anglophone   du Cameroun. La protestation a été déclenchée par le sentiment de marginalisation de la région anglophone du Cameroun, qui représente 20 % des  29 millions d'habitants du pays. Le conflit a provoqué d'immenses destructions et fait de nombreuses victimes. L'armée camerounaise  a répondu  à la protestation par des arrestations et des tortures. Les voix qui appelaient à la sécession complète des régions anglophones de la République du Cameroun ont pris de l'ampleur. Ils ont créé une  République virtuelle d'Ambazonie  et un gouvernement intérimaire en exil, et ont promis de riposter. Ils ont formé une aile militaire, les  Forces de défense de l'Ambazonie , qui a a...