Moins de six mois avant l'élection présidentielle prévue en octobre au Cameroun, les régions anglophones séparatistes du nord-ouest et du sud-ouest du pays voient les enlèvements, assassinats se multiplier.
Recrudescence des violences au Cameroun dans les régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest : assassinats et enlèvements se multiplient de nouveau, constatent Jeune Afrique et la BBC. Des policier et gendarmes ont été tués, ces dernières semaines, ainsi que des séparatistes anglophones, sans compter un sous-préfet, enlevé par des hommes armés, relève Le Journal du Cameroun. Il n'a été libéré qu'après 6 mois de captivité, 6 mois de calvaire. Les fonctionnaires sont particulièrement ciblés dans ce conflit qui ravage le Cameroun depuis 2016, même s'il trouve ses racines dans la période coloniale, rappellent la BBC, The Conversation et Jeune Afrique : les francophones constituent la majorité de la population camerounaise, dans un pays qui était, en grande partie, une colonie française, mais 20 % des Camerounais, originaires du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, vivent sur ce qui était un territoire britannique. Ils sont donc anglophones. S'estimant marginalisés par le pouvoir central francophone, des syndicats d’avocats et d’enseignants ont protesté en 2016 contre l’emploi obligatoire du français dans les tribunaux et les écoles des deux régions anglophones du Cameroun. Les manifestations, au début pacifiques, ont été réprimées dans le sang, par l'Etat et l'armée. Pour les dirigeants anglophones, il s'agissait d'une déclaration de guerre officielle, analyse The Conversation, et le message s'est rapidement répandu sur les réseaux sociaux, dans le pays et au sein de la diaspora camerounaise. La situation a, depuis, dégénéré en une lutte armée pour l’indépendance de ce que les sécessionnistes appellent l’"Ambazonie", nom dérivé de la baie d'Ambas, dans le sud du Cameroun. Les civils sont pris en tenaille, victimes d'exactions commises par les deux camps, souligne la BBC, dans ce conflit qui a fait plus de 6 000 morts et forcé près d'un million de personnes à fuir leur domicile, selon International Crisis Group. "Nous nous réveillions le matin avec des cadavres dans les rues. Ou bien on apprend qu'une maison a été incendiée, que quelqu'un a été enlevé", raconte Blaise Eyong, un journaliste camerounais qui a dû, lui-même quitter en 2019, son village natal du Sud-Ouest du Cameroun, et qui produit, aujourd'hui, un documentaire pour BBC Eye, intitulée "La Terre ensanglantée". Jato témoigne, lui, de la torture qu'il a subie après avoir été enlevé alors qu'il travaillait pour la CDC, le deuxième employeur du Cameroun, avec des plantations d'hévéas, de palmiers à huile et de bananeraies. "L'un des hommes armés m'a tenu en joue et m'a ordonné de laisser tomber mon portable, par terre. Ils m'ont dit que je devais mourir", se souvient, devant la caméra de la BBC, Jato qui travaillait pour la CDC, un groupe contrôlé par l'État, ce qui en fait une cible pour les séparatistes. "Ils disaient que l'argent allait au gouvernement, qui achetait ensuite des armes pour les tuer, mais que nous, nous continuions à travailler. C'est pour cette raison qu'ils allaient nous tuer, afin que notre travail s'arrête complètement. Un homme a alors lancé une machette sur moi, alors que je me levais. La machette m'a sectionné une veine, dans le bras droit. J'ai fait un geste de la main pour demander pourquoi il avait fait ça, il m'a coupé les doigts de la main droite", raconte Jato qui a miraculeusement réussi à s'échapper, indique la BBC. De nouveaux groupes armés se joignent à la violence, le pouvoir de Paul Biya n'ouvre pas la voie à la paix : Alors qu'un leader séparatiste camerounais, Cho Lucas Yabah, a été arrêté fin septembre en Norvège pour avoir incité à commettre des crimes contre l'humanité au Cameroun, expliquent Actu Cameroun et VOA Afrique, désormais, les séparatistes anglophones se divisent en groupes rivaux. Et puis, côté francophone, des milices se créent pour se défendre face aux "Ambazoniens", alerte BBC News Africa. En octobre, le Cameroun se rendra aux urnes. Paul Biya, 92 ans, président depuis 1982, pourrait bien briguer un huitième mandat, prévient le Guardian. S'il est réélu, peu d'espoir de paix, estime le quotidien britannique. Mais si cette crise entre anglophones et francophones trouve une issue, un jour, Felix Agbor Nkongho, un avocat qui était l'un des leaders des manifestations de 2016, coté anglophone, se demande qui restera en vie pour être gouverné. Il insiste, auprès de la BBC : les séparatistes et le gouvernement ont commis des crimes odieux.
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